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Quand l’épargne solidaire devient un levier d’autonomie pour les femmes rurales en République centrafricaine

05 March 2026
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À Bangui et dans ses environs, des dizaines de femmes se réunissent régulièrement au siège de la Concertation Nationale des Organisations Paysannes de Centrafrique (CNOP-CAF) avec une ambition commune : améliorer durablement leurs conditions de vie économiques et sociales.

Ces rencontres vont bien au-delà de simples moments d’échange. Elles constituent les séances de l’Association Villageoise d’Épargne et de Crédit (AVEC), un mécanisme d’épargne solidaire qui permet aux femmes rurales d’accéder à des financements là où les banques et les institutions financières restent souvent hors de portée.

À travers ce système communautaire fondé sur la confiance, la solidarité et la gestion collective des ressources, les femmes créent leurs propres opportunités économiques et renforcent progressivement leur autonomie.

À l’approche de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars 2026, la dynamique portée par ces groupes d’épargne illustre une conviction forte défendue par la PROPAC : les droits des femmes ne prennent tout leur sens que lorsqu’ils se traduisent par un accès réel aux services, aux ressources économiques et à la justice sociale.

En République centrafricaine, l’expérience menée par l’AVEC, membre de la CNOP-CAF, montre comment ce passage du droit proclamé au droit exercé devient possible.

photo collège CNOP CAF 03 upscayl 1x upscayl standard 4xQuand l’épargne devient un service financier de proximité

Dans les zones rurales du pays, accéder à un service financier relève souvent du parcours du combattant. Les banques sont éloignées, les infrastructures insuffisantes et la majorité des femmes n’ont ni garanties ni revenus formels pour obtenir un crédit.

Face à ces obstacles, les femmes ont créé leur propre solution. À chaque rencontre, les membres de l’AVEC déposent une petite somme dans la caisse commune. L’épargne collective devient alors un véritable système financier communautaire. À partir de ces contributions, des crédits sont accordés aux membres pour développer une activité, faire face à une urgence ou soutenir un projet familial.

En quelques mois seulement, les résultats parlent d’eux-mêmes :

  • 4 500 000 FCFA d’épargne mobilisée,
  • 3 000 000 FCFA accordés sous forme de crédits,
  • 150 000 FCFA constitués pour la caisse de solidarité.

Pour ces femmes, l’AVEC remplit plusieurs fonctions essentielles : sécuriser les revenus, financer les activités économiques et offrir un filet de protection en cas de difficultés.

L’inclusion financière, clé de l’autonomie

Derrière ces chiffres se cachent des transformations très concrètes dans la vie des membres. Certaines femmes utilisent les crédits pour développer un petit commerce. D’autres investissent dans l’élevage ou la transformation de produits alimentaires.

La Secrétaire Générale du groupe, par exemple, a développé un commerce de poissons fumés et de poulets de chair, une activité qui lui permet aujourd’hui de soutenir davantage les besoins de sa famille. Un autre membre a réussi à clôturer le cycle d’épargne avec 500 000 FCFA, renforçant ainsi sa sécurité économique. Dans un autre foyer, l’accès au crédit a permis de réhabiliter une maison familiale, améliorant considérablement les conditions de vie.

Ces initiatives montrent comment l’accès au financement dépasse la simple question économique. Il contribue à renforcer la sécurité alimentaire, soutenir la scolarisation des enfants et améliorer l’habitat.  n somme, il permet aux femmes de reprendre progressivement le contrôle de leur avenir.

Des femmes qui décident et dirigent

Au-delà de l’épargne et du crédit, l’AVEC constitue également un espace de gouvernance locale. Les femmes y apprennent à gérer des fonds, à tenir une comptabilité, à débattre et à prendre des décisions collectives. Elles assurent la transparence des comptes et participent aux discussions qui concernent le développement de leur communauté. Ce processus renforce leur leadership et transforme peu à peu leur place dans la société.

À travers leur organisation paysanne, la CNOP-CAF, elles participent également à des actions de plaidoyer pour défendre les droits des femmes rurales et améliorer leur accès aux ressources. L’accès aux financements devient ainsi un levier d’émancipation et de reconnaissance sociale.

Des défis encore présents

Malgré ces avancées, les obstacles restent nombreux. La capacité d’épargne demeure limitée, l’accès à des financements plus importants reste difficile et l’analphabétisme constitue encore une barrière pour certaines membres. Les pressions sociales et la vulnérabilité économique continuent également de peser sur les initiatives des femmes rurales.

Ces défis rappellent que l’autonomisation des femmes ne peut reposer uniquement sur leur engagement. Elle nécessite un soutien plus large : politiques publiques adaptées, accompagnement technique et renforcement des mécanismes d’inclusion financière.

Le rôle clé des organisations paysannes

Dans ce processus, les organisations paysannes jouent un rôle déterminant. L’accompagnement de la CNOP-CAF permet aux groupes d’épargne de se structurer, d’améliorer leur gouvernance et de renforcer les capacités des membres à travers des formations et un encadrement technique.

À l’échelle régionale, la PROPAC s’inscrit dans cette dynamique en favorisant le partage d’expériences entre pays d’Afrique centrale et en plaidant pour un meilleur accès des femmes rurales aux financements structurants.

photo collège CNOP CAF 02Un message fort à l’occasion du 8 mars

Pour les femmes membres de l’AVEC, le message est clair : la reconnaissance des droits doit aller de pair avec l’accès aux ressources. Car sans services financiers, sans opportunités économiques et sans justice sociale, les droits restent théoriques. Mais lorsque des mécanismes adaptés existent, comme l’épargne solidaire, les femmes transforment ces droits en réalités concrètes.

Des droits qui deviennent des opportunités

L’expérience de l’AVEC en République centrafricaine montre que l’accès aux services et aux financements ne relève pas seulement du développement économique. Il s’agit aussi d’une question de dignité, d’égalité et de justice.

En ce 8 mars 2026, la PROPAC réaffirme son engagement : soutenir les femmes rurales pour que leurs droits deviennent de véritables opportunités de transformation sociale et de développement durable.

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Mike ATANGANA

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