Journée mondiale de l’alimentation 2026 : en Afrique centrale, les producteurs ont des solutions Derrière les aliments que nous consommons chaque jour, il y a des femmes et des hommes qui travaillent la terre, élèvent des animaux, récoltent, transforment et commercialisent les produits agricoles. En Afrique centrale, ces producteurs font face à de nombreux défis. Pourtant, sur leurs exploitations et au sein de leurs organisations, ils développent des solutions concrètes, adaptées à leurs réalités et aux ressources dont ils disposent. À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, célébrée le 16 octobre, la Plateforme Régionale des Organisations Paysannes d’Afrique Centrale (PROPAC) souhaite mettre en lumière ces initiatives et rappeler une conviction essentielle : les producteurs ne sont pas seulement confrontés aux difficultés des systèmes alimentaires. Ils contribuent aussi à construire les solutions de demain. Une alimentation saine, encore difficile d’accès Le thème de la Journée mondiale de l’alimentation 2026, « Innover aujourd’hui pour nourrir demain », nous invite à réfléchir à une question fondamentale : comment permettre à chacun d’accéder à une alimentation suffisante, saine et nutritive, aujourd’hui et pour les générations futures ? Les chiffres mondiaux montrent que le défi reste considérable. Selon le rapport L’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2026 (SOFI 2026), environ 645 millions de personnes souffraient de la faim en 2025. Même si la situation s’est améliorée pour la troisième année consécutive, des millions de familles continuent de vivre dans l’insécurité alimentaire. En Afrique, près des deux tiers de la population ne pouvaient toujours pas se permettre une alimentation saine en 2024. En Afrique centrale, les difficultés rencontrées par les producteurs vont bien au-delà de la production elle-même. Les changements climatiques, le coût des intrants et les problèmes de transport compliquent leur travail au quotidien. Le manque d’infrastructures de stockage et de transformation rend également difficile la conservation des récoltes et leur acheminement vers les marchés. Les conséquences sont parfois paradoxales : un producteur peut réaliser une bonne récolte sans avoir les moyens de la conserver ou de la vendre dans de bonnes conditions. Dans le même temps, des consommateurs peinent à accéder à des aliments diversifiés à des prix abordables. Améliorer l’alimentation suppose donc d’agir sur toute la chaîne : soutenir la production locale, réduire les pertes, faciliter la transformation et améliorer l’accès aux marchés. Cela exige aussi de partir des réalités vécues par les producteurs et de reconnaître la valeur des solutions qu’ils développent sur le terrain. Sur le terrain, des solutions prennent forme L’innovation agricole ne se limite pas aux nouvelles technologies ou aux travaux des laboratoires. Elle se construit également dans les champs, les élevages et les organisations paysannes, grâce aux expériences, aux connaissances et à la capacité d’adaptation des producteurs. En République centrafricaine comme au Cameroun, des initiatives illustrent cette dynamique. En République centrafricaine, mieux valoriser les ressources locales En République centrafricaine, la coopérative ECOFARM expérimente la valorisation de matières organiques issues de l’élevage porcin et de la pisciculture, notamment le lisier de porc et les déjections de poisson, pour améliorer la fertilité des sols. Cette démarche repose sur une idée simple : des matières souvent considérées comme des déchets peuvent devenir des ressources utiles à l’agriculture. En les valorisant, les producteurs explorent des pratiques qui s’inscrivent dans une logique d’agriculture circulaire, où les ressources disponibles localement sont mieux utilisées. Pour les exploitations familiales, cette approche représente une piste intéressante, notamment dans un contexte où le coût des intrants pèse sur les activités agricoles. Sa mise en œuvre nécessite toutefois une attention particulière à la qualité des matières utilisées, à leur préparation et à leurs conditions d’application. Avec un accompagnement technique adapté, cette expérience pourra être consolidée et contribuer à faire connaître les possibilités offertes par une meilleure valorisation des ressources organiques. Au Cameroun, accompagner les éleveurs de poulets locaux Au Cameroun, le projet de recherche-action pour l’accroissement de la productivité, de la rentabilité et de la résilience de l’élevage agroécologique du poulet local (PRAEEPOUL) a été mis en œuvre de 2022 à 2025. Dans la région du Centre, 14 éleveurs du groupe d’initiative commune AGREN, à Nkolmefou 1, ont pris part à cette démarche. Dans l’Adamaoua, 17 éleveurs du groupe FRIENDSHIP, à Ngaoundéré, ont également été mobilisés. Au total, 31 éleveurs ont participé au projet. L’initiative a mis l’accent sur les pratiques d’élevage agroécologique et la valorisation des ressources locales, notamment pour l’alimentation et les soins des poulets. Elle a également accordé une place importante à la participation des éleveurs dans la recherche de solutions adaptées à leurs conditions de travail. Cette approche participative permet de rapprocher la recherche des réalités du terrain et de valoriser l’expérience des personnes directement concernées. La poursuite de ce travail de capitalisation et de partage des connaissances constitue un levier important pour favoriser le développement de l’élevage agroécologique. Ces deux expériences rappellent que les solutions peuvent émerger directement des territoires. Elles montrent également que chaque initiative doit être accompagnée et adaptée aux ressources disponibles, aux compétences des producteurs et aux réalités économiques locales. La PROPAC : donner davantage de place aux organisations paysannes Pour que les initiatives locales produisent des effets durables, elles doivent pouvoir bénéficier d’un accompagnement, être documentées et trouver leur place dans les politiques agricoles. C’est l’un des enjeux du travail mené par la PROPAC. À travers ses programmes, la plateforme accompagne les organisations paysannes dans leurs démarches de recherche-action et de plaidoyer. L’objectif est notamment de rapprocher les expériences des producteurs des institutions de recherche et des décideurs publics, afin que les réalités du terrain soient mieux prises en compte dans les décisions. Le programme FO-RI I, conduit de décembre 2022 à décembre 2025, a contribué à cette dynamique autour de l’agroécologie. Il a notamment soutenu la formulation de propositions dans le cadre de la révision de la Politique agricole commune et du Programme régional d’investissement agricole, de sécurité alimentaire et nutritionnelle de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Il a également favorisé la collaboration entre les organisations paysannes et les systèmes nationaux de recherche agricole. La deuxième phase, FO-RI II, menée de juin 2024 à juin 2026, a poursuivi le renforcement des capacités de plaidoyer des responsables paysans en République centrafricaine, au Tchad et au Congo. Le programme prévoyait de cibler 90 responsables, en accordant une attention particulière à la participation des femmes et des jeunes. En août 2023, la PROPAC a également réalisé une étude sur la prise en compte de l’agroécologie dans les politiques publiques des dix pays couverts par la plateforme. Ce travail analyse les politiques et les textes existants, ainsi que les obstacles à une meilleure intégration de ces pratiques. Au-delà de ces initiatives, une question demeure : comment faire en sorte que les expériences des producteurs contribuent réellement à faire évoluer les décisions publiques ? Cela suppose de suivre les recommandations portées auprès des institutions, d’identifier les mesures adoptées et d’examiner leurs effets sur les exploitations familiales. Car le plaidoyer prend toute sa valeur lorsqu’il contribue à améliorer concrètement les conditions de travail et les perspectives des producteurs. Trois priorités pour mieux nourrir les populations Les producteurs ne peuvent pas, à eux seuls, lever tous les obstacles auxquels ils sont confrontés. Les gouvernements, les institutions régionales et les partenaires au développement ont chacun un rôle essentiel à jouer. Investir davantage dans les infrastructures rurales La PROPAC appelle les gouvernements d’Afrique centrale à renforcer les investissements en faveur de l’agriculture familiale. L’amélioration des routes rurales, des équipements de stockage et des infrastructures de transformation peut aider les producteurs à mieux conserver leurs récoltes, à limiter les pertes et à accéder plus facilement aux marchés. Accompagner les initiatives et faciliter l’accès aux moyens Les partenaires techniques et financiers sont invités à soutenir davantage les initiatives qui associent les producteurs à la recherche de solutions. Il est également important de prévoir des mécanismes de suivi pour mesurer les résultats, tirer les enseignements des expériences et partager les pratiques qui ont fait leurs preuves. Les femmes et les jeunes doivent, eux aussi, pouvoir accéder aux financements, aux formations et aux équipements nécessaires pour développer leurs activités et prendre pleinement part à la transformation des systèmes alimentaires. Renforcer la coopération et le dialogue régionaux La CEEAC, la CEMAC et les institutions régionales concernées ont un rôle à jouer dans le renforcement du dialogue avec les organisations paysannes et la facilitation des échanges de produits agricoles entre les pays. Une meilleure coordination des politiques agricoles et commerciales peut ouvrir de nouveaux débouchés aux producteurs et permettre aux territoires de mieux valoriser leurs complémentarités. Ces priorités gagneront à être précisées à partir des propositions de plaidoyer officiellement validées par la PROPAC, afin de définir les engagements attendus, les échéances et les mécanismes de suivi. Faire confiance aux producteurs, investir dans l’avenir En République centrafricaine comme au Cameroun, les expériences présentées montrent que les producteurs disposent de connaissances et de capacités d’innovation qui méritent d’être reconnues et accompagnées. Qu’il s’agisse de valoriser les ressources locales, d’adapter les pratiques d’élevage ou de renforcer les liens entre producteurs et chercheurs, ces initiatives ouvrent des perspectives pour des systèmes alimentaires plus résilients. Pour aller plus loin, les organisations paysannes ont besoin de moyens adaptés, d’un accompagnement technique et d’un environnement politique favorable à leurs initiatives. Elles doivent également pouvoir participer aux décisions qui concernent l’agriculture et l’alimentation. À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation 2026, la PROPAC appelle les décideurs et les partenaires au développement à transformer les engagements en actions concrètes. Soutenir les initiatives de terrain, tirer les enseignements des expériences et donner aux organisations paysannes une place réelle dans les politiques publiques sont autant de leviers pour renforcer la résilience alimentaire en Afrique centrale. Parce que l’avenir alimentaire de la région se construit aussi dans les exploitations familiales, les coopératives et les communautés rurales, donner aux producteurs les moyens d’agir, c’est investir dans la capacité de l’Afrique centrale à nourrir durablement ses populations.