Du Cameroun au Burundi, en passant par la République démocratique du Congo (RDC), les expériences présentées lors d'un webinaire continental de la PAFO montrent comment l'approvisionnement local des cantines scolaires et la transformation agroalimentaire peuvent créer des débouchés pour les producteurs familiaux . Pour que ces initiatives durent, plusieurs conditions restent essentielles : une meilleure organisation logistique, des financements adaptés et des commandes prévisibles.

Comment faire des cantines scolaires un débouché régulier pour les producteurs familiaux et une opportunité économique pour les jeunes entrepreneurs ?

Cette question a été au cœur du webinaire consacré à la jeunesse, à l'entrepreneuriat agricole et à l'alimentation scolaire locale, organisé le 20 octobre 2026 dans le cadre de la plateforme continentale d'échanges de la  Pan-African Farmers' Organization (PAFO) avec l'appui de l'Andreas Hermes Akademie (AHA). 

Modérée par Mike Atangana, Gestionnaire de l'information et des connaissances agricoles à la Plateforme régionale des organisations paysannes d'Afrique centrale (PROPAC) , la rencontre a réuni une cinqquantaine de participants. Les expériences présentées au Cameroun, au Burundi et en RDC ont mis en évidence différentes possibilités de rapprocher les producteurs des marchés institutionnels et des consommateurs. Elles ont également fait ressortir les difficultés qui peuvent fragiliser ces initiatives, notamment les coûts de transport, les besoins de trésorerie, les capacités de stockage et les exigences de qualité.

Cameroun : l'approvisionnement des cantines, un marché à organisateur

Au Cameroun, Mme Elisabeth Atangana, Présidente de la Concertation nationale des organisations paysannes du Cameroun (CNOP-CAM) et Ambassadrice spéciale de la FAO pour les coopératives, a présenté l'expérience acquise dans le cadre du programme TAFS (Transformer le système africain pour le rendre durable) et de la campagne « Je Mange Camerounais ».

Dans la localité de Ntui, dans le département du Mbam-et-Kim, le dispositif mobilise notamment le GIC CHASAADD et la SOCOCUVIMK pour l'approvisionnement de quatre établissements publics : l'EP Nguila, l'EP Ntui-ville, l'EP Tamba et l'EP Ndimi.

Pour la période du 28 septembre au 2 octobre 2026,  les données présentées font état de commandes couvrant 1 837 élèves et portant sur 18 produits alimentaires locaux, pour un montant facturé de 2 107 039 FCFA au Programme alimentaire mondial (PAM). 

Le dispositif repose sur une coordination entre les producteurs et leurs organisations. Les producteurs fournissent les denrées, tandis que l'organisation paysanne assure leur regroupement, complète si nécessaire les quantités disponibles, coordonne le stockage et le transport, puis organise les livraisons aux établissements. Les commandes et les livraisons sont documentées avant la facturation.

Cette organisation permet de regrouper les productions de plusieurs exploitations familiales pour répondre aux besoins d'un marché institutionnel. Elle exige toutefois des moyens logistiques et financiers suffisants.

Les frais de transport, les capacités de stockage limitées et la nécessité de préfinancer certaines opérations avant le paiement des factures constituant des contraintes importantes. Les écarts entre les effectifs scolaires prévus et les besoins réels compliquent également l'estimation des quantités à livrer.

Parmi les pistes évoquées figurent **la prise en compte des coûts logistiques dans les commandes, l'accès aux fonds de roulement ou à des avancées, le développement d'espaces de stockage de proximité et la mutualisation des moyens de transport.** Une meilleure anticipation des besoins des établissements apparaît également nécessaire pour limiter les écarts entre les quantités commandées et celles effectivement requises.

Burundi : anticiper les besoins pour mieux provisionner

les écoles L'expérience du Burundi, présentée par le Dr Jean Claude Sabushimike , a mis en lumière le rôle qui peut jouer les programmes d'alimentation scolaire dans la stimulation de la production locale et le renforcement des relations entre les exploitations familiales, les organisations de producteurs et les institutions chargées de la restauration scolaire.

Les données de référence présentées pour 2024 faisaient état de  plus de 753 000 enfants concernés dans 885 écoles, d'environ 6,8 millions de dollars américains injectés dans l'économie locale et de 40 % des achats alimentaires du PAM destinés aux repas scolaires effectués localement.  Ces chiffres se rapportent à l'année 2024 et ne constituent pas des données actualisées pour 2026.

L'expérience souligne  l'importance de communiquer suffisamment tôt les besoins prévisionnels des établissements aux producteurs. Cette anticipation leur permet de mieux organiser les cycles de production et aux organisations paysannes de planifier la collecte et la livraison des volumes nécessaires.

La qualité sanitaire et nutritionnelle constitue un autre enjeu majeur. L'approvisionnement doit tenir compte de la diversité alimentaire, des besoins des enfants, de la disponibilité saisonnière des produits ainsi que des règles d'hygiène et de conservation.

La viabilité économique dépend également de la prise en compte des coûts de collecte, de stockage, de transport et de contrôle de la qualité , sans oublier les pertes éventuelles. Des paiements fiables et un accès adapté au fonds de roulement sont indispensables pour éviter que les producteurs et leurs organisations supportant seuls les risques financiers liés à l'approvisionnement.

RDC : la transformation agroalimentaire pour diversifier les débouchés

 

En République démocratique du Congo, Aristote Ngamania Maleo, président de l'Association paysanne des jeunes entrepreneurs agricoles (APJEA) , au sein de la COPACO-PRP , a présenté plusieurs initiatives visant à valoriser les productions locales et à rapprocher producteurs et consommateurs.

Le « Restaurant de la Souveraineté Alimentaire » privilégie les produits issus des exploitations familiales et de l'agriculture écologique, notamment le manioc, le maïs, les légumes locaux et le poisson de rivière. Au-delà de la restauration, cette initiative cherche à promouvoir la consommation des produits congolais, à renforcer les liens avec les producteurs et à offrir des débouchés aux coopératives paysannes.

D'autres expériences démontrent le potentiel de la transformation agroalimentaire. New Fruits Business Action transforme des fruits en jus, confitures et fruits secs, tandis qu'Ariyaourt SARL valorise le lait et les fruits locaux dans la production de yaourts.

Ces activités permettent de diversifier les produits commercialisés et de prolonger leur durée de conservation. Elles peuvent également ouvrir des perspectives économiques complémentaires aux producteurs et aux jeunes entrepreneurs. Leur développement nécessite cependant une maîtrise des coûts, des équipements de conservation adaptés et des débouchés suffisamment réguliers.

La présentation a également mis en avant le rôle de la Caisse Agricole Paysanne dans l'accompagnement des initiatives agricoles, notamment à travers des financements de petite taille, des mécanismes de finance solidaire et des formations agricoles et vétérinaires.

Plusieurs obstacles persistants : le coût du transport depuis les zones de production éloignées, les capacités limitées de stockage et de conservation, ainsi que des habitudes de consommation parfois favorables aux produits importés.  La valorisation des productions locales suppose donc des solutions économiquement viables et un travail continu de sensibilisation des consommateurs.

Les jeunes, au cœur des opportunités économiques de la chaîne de valeur 

Les trois expériences présentées montrent que les possibilités d'entrepreneuriat agricole ne se limitent pas à la production.  La collecte, le regroupement, le transport, le stockage, la transformation, la distribution et la commercialisation constituent autant d'activités dans lesquelles les jeunes peuvent développer des initiatives économiques. 

Pour saisir ces opportunités, ils ont besoin de formations techniques et entrepreneuriales, d'un accès au financement, d'équipements adaptés et de débouchés commerciaux prévisionnels. Les dispositifs d'incubation et d'accompagnement peuvent également contribuer au renforcement de leurs capacités et au développement d'activités viables.

La formation en agroécologie, les jardins scolaires et les visites d'exploitations agricoles peuvent, de leur côté, rapprocher les jeunes générations du monde agricole et favoriser une meilleure connaissance des métiers liés à la production alimentaire.

Les cantines scolaires représentent ainsi un marché potentiel pour les exploitations familiales et les entreprises portées par les jeunes. Mais l'existence de ce marché ne garantit pas, à elle seule, la rentabilité des activités. Celle-ci dépend notamment de  la régularité des commandes, de la capacité à fournir les volumes requis, du respect des exigences de qualité et de conditions de paiement prévisibles.

Financement, logistique et qualité : trois leviers pour pérenniser les initiatives 

Au-delà des différences entre les pays, les échanges ont fait ressortir plusieurs conditions essentielles à la consolidation des initiatives d'approvisionnement local. 

Une logistique adaptée aux réalités des territoires.  Le regroupement des commandes, la mutualisation du transport et le développement de capacités de stockage de proximité peuvent contribuer à réduire les coûts et à faciliter les livraisons. La planification doit tenir compte des distances, des saisons agricoles et des besoins réels des établissements.

Des financements adaptés aux cycles d'approvisionnement. Les organisations paysannes et les jeunes entrepreneurs doivent pouvoir financer l'achat, le regroupement et le transport des produits avant le règlement des factures. Des fonds de roulement, des mécanismes d'avance et des délais de paiement fiables peuvent contribuer à réduire les tensions de trésorerie.

Des exigences de qualité clairement définies.  La régularité de l'approvisionnement doit aller de pair avec le respect des règles d'hygiène, de traçabilité, de conservation et de qualité sanitaire. Des procédures de contrôle et des formations adaptées sont nécessaires pour sécuriser les livraisons.

Une alimentation adaptée aux besoins nutritionnels.  Les achats et les menus doivent favoriser la diversité alimentaire, tenir compte des besoins des enfants et s'adapter à la disponibilité saisonnière des produits ainsi qu'aux habitudes alimentaires locales.

Un suivi régulier des résultats.  Le suivi des volumes achetés localement, du nombre d'écoles et d'enfants couverts, de la régularité des livraisons, des délais de paiement, de la participation des femmes et des jeunes, des revenus des producteurs et des pertes après récolte permettra de mieux apprécier les effets des dispositifs. La documentation des expériences et l'analyse des coûts réels contribueraient également à identifier les solutions les mieux adaptées aux différents territoires.

La PROPAC, un espace de partage des expériences paysannes 

À travers la plateforme continentale d'échanges de la PAFO, la PROPAC contribue à la circulation des expériences portées par les organisations paysannes et à la réflexion sur les solutions permettant de rapprocher l'agriculture familiale des marchés institutionnels.

Les initiatives présentées au Cameroun, au Burundi et en RDC illustrent plusieurs voies de valorisation des productions locales, depuis l'approvisionnement des cantines scolaires jusqu'à la restauration et à la transformation agroalimentaire. Elles montrent également que  la mise en relation des producteurs avec les acheteurs ne suffit pas à garantir la pérennité des débouchés.

Pour que les cantines scolaires deviennent un marché durable au bénéfice des producteurs familiaux et des jeunes entrepreneurs, les commandes doivent être prévisibles, les coûts d'approvisionnement pris en compte, les paiements sécurisés et les exigences de qualité clairement établies.

En favorisant le partage d'expériences et la réflexion collective, la PROPAC contribue à nourrir le dialogue entre organisations paysannes, pouvoirs publics et partenaires sur les conditions d'un approvisionnement local plus régulier, au service de l'agriculture familiale et de systèmes alimentaires ancrés dans les territoires.

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